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Publié : 8 avril
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Continuité pédagogique n°4

Académie de Normandie Avril 2020

Depuis maintenant trois semaines, vous assurez la continuité pédagogique pour vos élèves et nous vous en remercions chaleureusement. Nous sommes bien conscients des efforts consentis, des difficultés rencontrées et des frustrations engendrées, notamment pour maintenir le lien avec les classes et plus particulièrement avec les élèves les plus fragiles. Certes, les problèmes de connexion et de fracture numérique constituent un facteur d’inégalité sociale et de rupture des apprentissages. Vous
nous alertez aussi sur le silence de certains élèves qui ne semblent s’impliquer ni dans la consultation des contenus ni dans la réalisation des activités proposées pour d’autres raisons que celles évoquées plus haut, sans que l’on sache toujours exactement lesquelles.

Ce constat nous conduit, à la veille d’une période dite de « congés » susceptible de renforcer l’isolement, à réfléchir sur la manière de préserver un « effet classe », même à distance, de sorte que les élèves éloignés de la salle de classe et de l’émulation collective puissent continuer à travailler ensemble autant que faire se peut : collaborer n’implique pas d’être en classe virtuelle toute la journée. C’est plutôt l’idée de partager, au moins à deux, les avancées individuelles dans un projet que l’on a en commun. Dans ce contexte d’éloignement contraint, de situations personnelles et individuelles très inégales, il semble en effet essentiel d’essayer de maintenir le lien social en encourageant autant que possible l’entraide et la solidarité entre les élèves.
Notre but n’est pas d’alourdir vos tâches, déjà conséquentes, ni d’exercer quelque forme d’injonction que ce soit, mais bien de vous soumettre quelques pistes pragmatiques, que bon nombre d’entre vous ont déjà éprouvées sur le terrain.

La collaboration à distance peut s’appuyer sur les pratiques que les élèves ont parfois développées avant le confinement (habitudes de travail via l’ENT, Pronote ou leurs propres réseaux sociaux hors la classe), mais elle peut aussi être envisagée autrement que par le numérique.

Le travail mené par les enseignants chargés d’enseigner la langue française aux élèves allophones a, dans ce domaine, mis plusieurs choses en évidence :

  • Maintenir le contact est possible par téléphone : c’est confirmé par les équipes de direction et de vie scolaire, ou les professeurs principaux chargés de la coordination du travail.
  • Il a été possible de renouer avec certains adolescents grâce aux contacts
    - avec les collègues du premier degré (quand il y a fratrie),
    - via les parents, ou les réseaux de parents (pour les plus jeunes),
    - via les délégués ou les camarades de classe.
  • Organiser la continuité, même modestement par téléphone est possible

Le téléphone mobile et ses diverses fonctions (photographie, vidéo, possibilité de laisser un message vocal, d’envoyer un court message écrit, SMS) est un outil répandu, et pertinent dans le cadre de l’enseignement- apprentissage d’une langue : on peut s’en servir pour photographier ou filmer son travail (selon la nature de ce dernier : photographier un écrit, ou filmer et enregistrer son commentaire d’une
expérience, donner une recette, etc. ) pour l’envoyer à un / des camarade(s) pour avis / inter-correction, amélioration, partage.

Collaborer ne signifie pas être en communication permanente. Nos élèves le savent, et ils ont déjà en la matière un certain savoir-faire. C’est aussi l’occasion pour eux de faire preuve d’autonomie, de responsabilité, et de créativité. Toutefois, la
communication virtuelle collective implique nécessairement la responsabilisation des participants en faveur d’une démarche citoyenne, éthique et vigilante pour éviter
tout débordement.

Pour faire le lien avec nos précédents courriers, disons que favoriser le lien entre les élèves implique
en amont que l’on s’adresse à tous en posant un cadre clair, et en veillant

  • à privilégier le travail par projet dont la réalisation donne du sens à l’interaction et à la collaboration. Collaborer, c’est se responsabiliser, faire confiance à l’autre, aux autres, se faire confiance, développer son autonomie ;
  • à faire le choix d’une présentation explicite pour une entrée rassurante dans la séquence (courte) de travail proposée ;
  • à garantir la cohésion des activités afin que l’élève ne perde pas de vue le « projet » c’est-à-dire la trame thématique, linguistique et culturelle, qui relie les différentes étapes de la séquence en cours (éviter par exemple de juxtaposer des exercices structuraux hors sol et hors contexte) ;
  • à suggérer une alternance de phases individuelles (ex : création d’une affiche, d’une carte mentale, d’un slogan…) et collectives (d’inter-évaluation, d’amélioration, de choix, de retour à l’enseignant) selon la forme sociale de travail souhaitée et le degré d’implication de l’élève ou des élèves ;
  • à prendre en compte le degré d’initiative et d’autonomie de certains élèves et de différencier si nécessaire et si possible les tâches en modulant les attendus pour éviter tout effet de découragement auprès des élèves plus fragiles ;
  • à ce que le temps de travail de chacun soit respecté
    - celui de l’élève (temps de résolution individuelle et temps de retour et de clarification collective),
    - mais aussi celui du professeur qui doit avoir le temps d’évaluer et de conseiller
    sans recevoir des travaux ou des interrogations à toute heure au détriment de
    sa propre organisation et de sa vie personnelle qu’il doit pouvoir préserver
    comme tout un chacun.

La dynamique pédagogique d’une classe à distance est différente de celle d’une classe en présentiel ; elle peut ouvrir des opportunités pédagogiques autres :
Ainsi, nous relevons de vos retours le fait que le confinement invite à proposer d’autres formes d’activités, des activités par exemple qui font appel à la créativité, à l’imagination et à l’initiative des élèves qui pour certains organisent à la maison leur temps avec davantage de souplesse et d’autonomie. Ils prennent le temps, et se font plaisir à produire des documents, notamment graphiques.

Le confinement et la distance permettent également à des groupes d’élèves désireux de travailler ensemble de se constituer spontanément et selon les affinités, qu’ils soient ou non dans la même classe, voire dans le même niveau (si des pratiques de tutorat par les pairs ont été instaurées notamment en collège grâce au dispositif Devoirs Faits).

On peut aussi se saisir du contexte pour favoriser des « retours réflexifs » plus approfondis sur les modalités de travail : encourager les élèves à faire part au groupe et / ou au professeur de leur démarche, à verbaliser ce qu’ils ont appris, les difficultés rencontrées mais aussi le plaisir et la satisfaction de travailler ensemble. Ce ne sont d’ailleurs pas toujours les mêmes élèves qui sont à l’aise dans la communication en présentiel et à distance. Cela peut amener à appréhender autrement les compétences de certains d’entre eux dans un contexte qui est tout autre.

Nous vous proposons enfin de centrer vos appréciations et vos conseils sur la qualité du travail collaboratif, en valorisant l’engagement. Un retour oral sur le travail peut être intéressant ; la voix du professeur peut rassurer et maintenir le lien avec le présentiel.
Quelques exemples concrets d’activités collaboratives à distance, avec ou sans internet :
• Participation à un padlet d’écriture collaborative
• Reconstruction d’une trame narrative
• Élaboration d’un PowerPoint
• Construction collective d’une histoire
• Ecriture d’un conte en chaîne
• Partage de lectures
• Circulation en chaîne de commentaires sur une motion initiale
• Commentaire d’une vidéo en ligne de manière constructive … etc
Nous vous remercions d’avoir pris le temps de lire cette quatrième communication jusqu’à sa conclusion et nous vous encourageons à prendre autant que possible du repos, de la distance, et à vous déconnecter du travail durant les congés à venir. Surtout, prenez soin de vous et de vos proches, bien cordialement,

Les inspecteurs de langues vivantes de l’académie de Normandie