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Publié : 30 mai 2020
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Communication continuité pédagogique N°6

Académie de Normandie

Chères et chers collègues,

Alors que la réouverture des lycées pour cette fin d’année n’est pas actée au moment où nous vous écrivons, vous poursuivez un enseignement à distance auprès de vos élèves avec un investissement que nous soulignons encore ; investissement conséquent alors que vous souhaiteriez – et le besoin est réciproque – retrouver vos élèves en classe.

Nous nous proposions dans ce courrier d’aborder la question de l’accompagnement des lycéens face à ces incertitudes. Ainsi, comment maintenir la motivation et l’engagement des élèves à l’aube des conseils de classe du troisième trimestre, comment les aider à se projeter dans l’après ? Quel intérêt ai-je, en tant qu’élève, à poursuivre mon engagement dans l’apprentissage ? Voici quelques pistes qui, nous l’espérons, pourront vous aider pour cette fin d’année scolaire.

Le bilan de l’élève

Le contexte actuel inhibe la place de la note pour maintenir l’assiduité : les « notes qui comptent », pour reprendre la terminologie des élèves, sont celles données dans le contexte classe habituel. L’absence du couperet de la note nous semble fournir le cadre idéal pour réfléchir plus avant à ce qui fonde réellement le travail de l’élève. La question de la construction des apprentissages va prévaloir sur celle de la note chiffrée. Il nous paraît alors essentiel d’amener les élèves à dresser un bilan de ce qu’ils ont appris pour assurer une réussite ultérieure.

  • Quels que soient le niveau et le contexte d’enseignement (lycée général, technologique ou professionnel), il est nécessaire pour les élèves d’asseoir des compétences. Ainsi, on réfléchira à la mise en exergue des compétences prioritaires pour l’année suivante.
  • Le bilan proposé peut prendre une forme différente selon les niveaux en jeu mais s’attachera à privilégier le faire des élèves pour qu’ils construisent eux-mêmes ce compte-rendu critique et sélectif, mesurent leur engagement, réaffirment une motivation parfois fluctuante. Il s’agira de s’appuyer sur l’autonomie attendue (et plus ou moins affirmée, certes) des élèves de lycée.
  • Au regard des programmes de lycée, une réflexion sur les repères culturels (LP) ou les axes (LGT), dès la classe de seconde, pourra utilement guider les élèves pour les années suivantes : les amener à regarder à nouveau les supports étudiés pendant l’année, réfléchir aux problématiques en jeu, analyser et commenter le choix de les inscrire dans un axe/repère culturel … Cette proposition (qui reviendra sur les notions ou domaines en terminale) permet aux élèves de comprendre que l’inscription d’une thématique dans un axe/repère culturel est subordonnée à une problématique et n’est pas figée.
  • L’élève de seconde pourra éventuellement partager son analyse en élaborant une courte vidéo pour les futurs lycéens, vidéo qui pourra rendre compte de son parcours linguistique.
  • En classe de première, ce même travail sur les domaines ou axes peut être mené, d’autant plus, pour le LGT, qu’il s’agit d’envisager le travail de l’élève dans le cycle terminal. Les programmes rédigés dans cette perspective peuvent permettre aux élèves de donner progressivement du sens à des axes et à des problématiques de plus en plus complexes.
  • Cette prise en compte d’un travail sur un cycle donne la possibilité, pour l’enseignement de Langues, Littératures et Cultures en LV (lycée général) d’inciter les élèves à construire leur dossier personnel dès la classe de première (BO N°2 spécial du 13 février 2020) : commencer à sélectionner des supports, faire leurs propres choix, gagner en autonomie.
  • L’étude de la langue en privilégiant une grammaire inductive est aussi primordiale pour que les élèves puissent dresser le bilan des acquis : observer les faits de langue étudiés pendant l’année, prendre le temps de revenir sur leur articulation et surtout justifier leur emploi (le choix d’un mode, d’un déictique ou d’un mot, etc.) sont des pistes qui peuvent leur être proposées.

La place de l’élève

Amener les élèves à faire leurs propres choix joue sur leur motivation : plus encore que d’habitude, en cette fin d’année et dans le contexte de l’enseignement à distance, il est intéressant de réfléchir au rôle de chacun, de trouver le juste équilibre entre ce que peut apporter le professeur et la prise d’initiatives de l’élève, de s’inspirer des marchés de connaissances, de talents (Cf. travaux de Cécile Morzadec et David Little) pour que l’élève soit force de proposition.

L’essentiel est que l’élève puisse, en cette fin d’année, être capable d’affirmer ses choix et surtout de les justifier  : Travailler l’argumentation, amener l’élève à comprendre qu’il n’y a pas d’affirmation de choix sans justification sera facilité si l’élève occupe cet espace libre d’appréciation et d’expression.
Nous avions évoqué dans les courriers précédents la dimension créative de l’élève à mettre en avant car elle est source de motivation. Elle est fortement liée à l’essence d’un support : l’écriture d’une suite à un récit, la création de didascalies pour un texte théâtral, la rédaction d’une strophe à la suite de l’étude d’un poème, l’illustration pourquoi pas d’un extrait d’une oeuvre ... Il nous semble important, pour maintenir la motivation des élèves, de démultiplier les propositions, de les adapter aux goûts et appétences de tous.
L’élève peut, à partir des apports reçus pendant l’année, poursuivre le voyage, au sens propre et figuré : choisir un pays, un territoire ancrés dans l’aire linguistique concernée et faire des propositions (les choix et les envies sont différents, et une simple affiche sur les murs d’une classe peut inviter l’élève au voyage !). Nous avions proposé dans cet esprit la création de carnets (culture, création artistique) ou de murs collaboratifs (padlets).

Les perspectives de l’élève

Et l’année prochaine ? Cette année inédite amène élèves et professeurs à s’interroger sur la rentrée ou l’année à venir. La projection dans l’avenir différera selon le niveau des élèves : pour certains c’est la poursuite d’un cycle, d’autres se projettent dans un avenir en dehors de l’établissement : le post bac, les études supérieures. Pour d’autres enfin, il s’agit d’ores et déjà de faire leurs premiers pas dans le monde du travail munis d’un diplôme professionnel (CAP, BCP, BTS).

Nous vous suggérons deux directions pour cette projection :

  • Une présentation du programme de l’année suivante (axes du cycle terminal pour les classes de seconde, repères culturels au LP) peut aider les élèves à se projeter ; il est même possible de leur demander comment ils envisageraient de travailler ; entendons-nous bien, il ne s’agit pas de « passer commande » mais de redire aux élèves que l’enseignement n’est pas à sens unique.
  • En classe de fin de cycle, on peut envisager des activités qui aident à mieux appréhender le supérieur : des pistes vers des lectures et des auteurs en langues vivantes, vers des articles ou revues traitant du monde professionnel, une réflexion sur un CV en langue vivante, un travail sur des corpus de documents… Là encore, les possibilités sont multiples.

Surtout gardez le plaisir d’enseigner, même dans ce contexte particulier : vous continuez à donner envie à vos élèves d’apprendre, de faire des choix, de grandir et c’est là une noble mission !

Les inspecteurs de LV de Normandie